• "Au fond, le monde actuel est exactement celui que, par une géniale anticipation, une sorte de science-fiction vraie, Marx annonçait en tant que déploiement intégral des virtualités irrationnelles, et à vrai dire monstrueuses, du capitalisme.

    Le capitalisme confie le destin des peuples aux appétits financiers d'une minuscule oligarchie. En un sens, c'est un régime de bandits. Comment peut-on accepter que la loi du monde soit constituée par les intérêts impitoyables d'une camarilla d'héritiers et de parvenus ? Ne peut-on raisonnablement appeler "bandits" des gens dont la seule norme est le profit? Et qui sont prêts, au service de cette norme, à piétiner des millions de gens s'il le faut? Qu'en effet le destin de millions de gens dépende des calculs de tels bandits est maintenant si affiché, si voyant, que l'acceptation de cette réalité, comme disent les plumitifs des bandits, est chaque jour plus surprenante. Le spectacle d'Etats piteusement déconfits parce qu'une petite troupe anonyme d'évaluateurs autoproclamés leur a mis une mauvaise note, comme le ferait à des cancres un prof d'économie, est à la fois burlesque et fort inquiétant. Alors, chers électeurs, vous avez mis au pouvoir des gens qui tremblent la nuit, comme des collégiens, d'apprendre au petit jour que les représentants du "marché", c'est à dire des spéculateurs et parasites du monde de la propriété et du patrimoine, leur ont collé la note AAB, au lieu de AAA? N'est-elle pas barbare, cette emprise consensuelle sur nos maîtres officiels de maîtres officieux, dont l'unique préoccupation est de savoir quels sont et quels seront leurs bénéfices à la loterie où ils jouent leurs millions? Sans compter que leur angoissant beulement - "ah! ah! bé!" - se paiera d'une obéissance aux ordres de la maffia, qui sont invariablement du genre : "Privatisez tout. Supprimez l'aide aux faibles, aux solitaires, aux malades, aux chômeurs. Supprimez tout aide à qui que ce soit, sauf aux banques. Ne soignez plus les pauvres, laissez mourir les vieux. Baissez les salaires des pauvres, mais baissez les impôts des riches. Que tout le monde travaille jusqu'à 90 ans. N'apprenez les mathématiques qu'aux traders, la lecture qu'aux grands propriétaires, l'histoire qu'aux idéologues de service.". Et l'exécution de ces ordres ruinera de fait la vie des millions de gens.

    Mais là encore, la prévision de Marx est validée, surpassée même, par notre réel. Il avait qualifié les gouvernements des années 1840-1850 de "fondés de pouvoir du Capital". Ce qui donne la clef du mystère : en définitive, gouvernants et bandits de la finance sont du même monde. La formule "fondés de pouvoir du Capital" n'est entièrement exacte qu'aujourd'hui, et d'autant plus qu'aucune différence n'existe entre les gouvernements de droite, Sarkozy ou Merkel, et ceux de "gauche", Obama, Zapatero ou Papandreou."

    BADIOU Alain. Le réveil de l'histoire. Lignes. 2011 : pages 23 et sq.


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    Bonjour

    Vous pouvez lire ci-dessus (voir le lien) le jugement du Tribunal Administratif de Marseille (voir les commentaires de l'articile 84) qui vient de condamner Auchan France sur un point fondamental : ce qu'est un licenciement pour motif économique.

    En page 4, le jugement rappelle qu'aux termes de l'article L.1233-3 du code du travail : "constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des mutations technologiques. (...) ; qu'est au nombre des causes sérieuses de licenciement économique la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise".

    Qu'en outre, lorsqu'il s'agit (pages 4 et 5) du "licenciement des salariés légalement investis des fonction de délégué du personnel (...) dans le cas où la demande de licenciement est fondé sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière ; que pour apprécier la réalité des motifs économiques allégués à l'appui d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé présentée par une société qui fait partie d'un groupe, l'autorité administrative ne peut se borner à prendre en considération la seule situation de l'entreprise demanderesse, mais est tenue, dans le cas où la société intéressée relève d'un groupe, de faire porter son examen sur la situation de l'ensemble des sociétés du groupe intervenant dans le même secteur d'activité que la société en cause, sans qu'il y ait lieu de borner cet examen aux établissements de ce groupe situés en France" ...

    Surtout (page 5), "si la réorganisation de l'entreprise constitue un motif économique de licenciement dans la mesure où elle est effectuée pour en sauvegarder la compétitivité, il appartient à l'employeur de justifier de cette nécessité au niveau de l'entreprise ou au niveau du secteur d'activité du groupe auquel elle appartient" ;

    Et sur ces points, Auchan France a "tout faux" (en page 5) :

    "la société Auchan France fait valoir que la sauvegarde de la compétitivité du secteur "vente d'équipements" a nécessité une évolution du métier de vendeur se traduisant par un effort de formation et un aménagement du dispositif de leur rémunération afin de tirer les conséquences de la modification de l'offre des produits et de l'évolution des besoins du client ; que, toutefois, le secteur "biens d'équipements" auquel fait référence la société précitée ne constitue qu'un secteur de vente particulier au sein de la même activité de vente en grande surface et ne saurait être regardé comme un secteur d'activité au sens des dispositions précitées" ; en d'autres termes, Auchan France ne peut isoler un sous-secteur comme ça lui chante dans un hypermarché afin de "prouver" que le sous-secteur est déficitaire : il est connu de longue date que la vente en grande surface, ce sont des îlots de pertes dans des océans de bénéfices !!! Et le jugement enfonce le clou : "qu'il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande d'autorisation de licenciement, la société Auchan France s'est bornée à faire état du tassement de l'activité pour les biens d'équipements et n'a apporté aucune information quant à la situation économique de l'ensemble des sociétés du groupe intervenant dans le même secteur d'activité de vente en grande surface". Et pour cause : si vous suivez régulièrement ce blog, vous savez que le secteur de vente en grande surface, à savoir les entreprises coiffées par Auchanhyper, est le plus rentable de groupe Auchan ; et qu'en outre Auchan France a été (et est toujours) la "vache à lait" (voir les bénéfices remontés chaque année vers les divers holdings) ayant permis l'extension du groupe à d'autre pays, et la diversification vers d'autres activités (super, drive, banque, immobilier commercial). Et le jugement de poursuivre : "qu'en outre, en invoquant les circonstances propres à un secteur de vente, la société Auchan France n'a pas justifié de l'existence d'une menace pesant sur la compétitivité de l'ensemble du secteur d'activité ; que de plus, à supposer même que la réorganisation envisagée aurait été nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité du secteur d'activité, l'employeur devait justifier que la mise en place des nouvelles conditions de rémunérations résultant d'une réorganisation, plus motivantes pour les vendeurs, était nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise ; qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence notamment d'études ou d'analyses approfondies sur ce point, que le nouveau système de rémunération mis en place par la société Auchan France était nécessaire au maintien de la compétitivité du secteur "biens d'équipements" alors qu'il ressort des mêmes pièces que l'employeur avait surtout pour objectif de mettre en place un système unique de rémunération pour l'ensemble des vendeurs du secteur "biens d'équipements" se substituant à deux modes de rémunération différents ... qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le mode de rémunération au pourcentage (guelde) ... n'était pas compatible avec le nouveau mode d'organisation du secteur d'activité et constituait un obstacle à la sauvegarde de la compétitivité invoquée par la société Auchan France" ...

    Et de conclure : "qu'ainsi, ... la société Auchan France ne justifie ni de la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise ni, en tout état de cause, de l'existence d'un lien de causalité entre la situation économique alléguée et la nécessité de modifier le mode de rémunération des vendeurs ; que dès lors, en estimant que le licenciement envisagé était fondé sur un motif d'ordre économique, l'inspectrice du travail puis le ministre du travail, ont entaché leurs décisions d'une erreur d'appréciation".

    Ce jugement démontre :

    - que la lutte paie toujours, y compris contre un ministre du travail ; la loi s'applique, pour Auchan et pour le ministre !

    - que la notion de licenciement pour motif économique est très précise, et qu'il est impossible de l'invoquer pour justifier de la gestion au jour le jour d'un groupe ;

    - que la notion de groupe est fondamentale, pour empêcher l'arbitraire de motifs prétendus économiques pour tel ou tel sous-secteur, secteur, et même entreprise ;

    - que la notion de groupe Mulliez est donc vitale pour élargir la responsabilité de la famille Mulliez à l'égard de l'ensemble des salariés du groupe ... Mulliez. Ce jugement permet de comprendre pourquoi la famille Mulliez a toujours combattu ne serait-ce que l'esquisse d'une reconnaissance d'un groupe Mulliez.

    B. Boussemart

     


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  • Bonjour, pour ceux qui aiment lire : trois bouquins excellents (outre ceux édités par les Editions Estaimpuis) :

    - François RUFFIN. Leur grande trouille. Journal intime de mes "pulsions protectionnistes". Aux Editions "Les liens qui libèrent". Afin de combattre les discours actuels de Marine Le Pen et de François Bayrou sur le protectionnisme "à la mode" populiste ...

    - Robert KURZ. Vie et mort du capitalisme. Editions Lignes. Ouvrage un peu difficile ; mais qui renoue avec un marxisme contemporain.

    - Geoffrey GEUENS. La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des "marchés financiers" à l'oligarchie. Editions Aden. Excellent pour ceux qui souhaitent comprendre les réseaux mondiaux de la finance. Avec nos politiques pris la main dans le sac.

    Bonnes lectures.

    B. Boussemart


    2 commentaires
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    Bonjour

    Les grévistes d'Auchan Louvroil seront heureux d'apprendre que la dernière valorisation de l'action Groupe Auchan est de 388,76 €, soit une hausse de 9,5% par rapport à l'an dernier. Cette valorisation est celle du collège d'experts indépendants, lors de l'augmentation de capital intervenue fin octobre 2011.

    Les nouveaux actionnaires sont les suivants, sur un total de 56 812 nouveaux titres : FCP Valauchan (25 750 actions), FCP Valsuper (4 314 actions), FCP Valaccord (1 205 actions), Valauchan Sopaneer International (5 113 actions), Valsuper Unigret International (13 267 actions), Valauchanrus Sopaneer International (1 533 actions) et Ausspar (5 630 actions).

    Via Auspar, Gérard Mulliez préserve donc le pourcentage de titres qu'il détient sur le groupe : ces 5 630 actions nouvelles représentent 9,91% des nouveaux titres.

    B. Boussemart

    Comme j'ai reçu de nombreux mails me demandant de préciser la source de cette information, voici le lien (en haut de l'article) qui permettra à tout un chacun de vérifier les informations ci-dessus.

     


    23 commentaires



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