• Article 8 - Gérard Mulliez est-il un menteur ?

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    Gérard Mulliez au "World Forum"


    A la question de cet article, la réponse est affirmative, sans conteste.

     

    Nous avions déjà indiqué dans « La richesse des Mulliez » (pages 49 et suivantes), que « Le 8ème commandement ordonne dans le christianisme « tu ne mentiras pas ». Cette réprobation est partagée par Confucius … qui condamne le mensonge ; mais il indique en même temps qu’on devra tolérer le mensonge « pour les marchands, sans quoi ceux-ci ne pourront gagner leur vie ». L’AFM serait-elle convertie au confucianisme ? ».

    Il faut ajouter que le mensonge est condamné par le catholicisme non seulement pour l’acte de mentir, mais aussi pour l’omission. Dans le Confiteor ou le « Je confesse à Dieu tout-puissant », il est dit : « … Je « reconnais devant mes frères que j’ai péché en pensée, en parole, par action ou par omission …».

     

    Monsieur Gérard Mulliez est donc au moins (nous ne sommes pas dans sa pensée) un menteur par « parole, par action ou par omission ». Déclinons donc en prenant ses déclarations au World Forum.  

     

    1. Sur la fortune de l’AFM, surévaluée, et les calculs en « fric » … « Vous pouvez faire les calculs », met au défi M. Gérard Mulliez.

     

    Remarque préalable sur la nature de la fortune. Tout journaliste digne de ce nom aurait indiqué non seulement que l’on parle de « fortune professionnelle familiale », mais que toutes les fortunes (aussi bien chez Forbes que Challenges) sont logées – si l’on ose dire – à la même enseigne. Etre la première fortune professionnelle de France, et la neuvième fortune mondiale, cela a du sens. C’est également ce critère qui est utilisé par le « World Wealth Report » publié chaque année par Capgemini et Merrill Lynch. Ajoutons que si à cette richesse professionnelle étaient ajoutées les richesses privées de chaque membre de la famille (voir les nombreuses Sociétés Civiles Immobilières gérant propriétés, immeubles …), le bilan final serait encore bien plus favorable à la famille Mulliez. Mais ne chipotons pas.

    Il est clair qu’il ne s’agit pas non plus que de la fortune professionnelle personnelle de M. Gérard Mulliez, mais de celle l’ensemble de la famille. Exact également. Mais M. Gérard Mulliez oublie de dire que les 500 actionnaires de la famille ne sont pas tous égaux.

     

    En d’autres termes, les évaluations que nous donnons de l’AFM dans « La richesse des Mulliez » et plus récemment dans l’article 2 de ce blog, à savoir 18,362 milliards d’euros concernent :

    - strictement l’AFM, hors fortunes particulières de certains fondateurs, dont M. Gérard Mulliez.

    Or comme déjà indiqué dans nos articles, la société Ausspar (holding personnel de la famille de M. Gérard Mulliez) ne publie plus ses comptes depuis 2004. Néanmoins, lors de la fusion le 10 novembre 2009 entre la société Soparsam et Groupe Auchan, la valeur de Soparsam est de 1 454 millions d’euros. Et Ausspar détenait 71% de Soparsam en 2004 ; soit pour 1 milliard d’euros environ dans la présente opération. Soparsam détenait par ailleurs des titres Boulanger et Agapes, réaffectés entre les actionnaires de la famille (dont Ausspar), et surtout Ausspar détient en direct 9,3% de Leroy-Merlin (2004). La dernière valorisation d’Ausspar en juin 2008 est de 1 178,67 millions d’euros. Ceci est la valorisation du portefeuille de la famille de M. Gérard Mulliez, hors les titres AFM que sa famille possède, via sa Société Civile. En ajoutant ces titres AFM – sur la base des échanges pratiqués par d’autres membres de sa phratrie en … Belgique, à savoir 800 millions d’euros – la fortune professionnelle stricto sensu de la famille de M. Gérard Mulliez est de l’ordre de 2 milliards d’euros. M. Gérard Mulliez est donc modeste ; à lui seul, il contrôle 8% de la fortune professionnelle de la famille, alors qu’il ne compte (avec ses enfants) que pour 0,8% des membres de l’AFM.
    Il n’y a donc pas égalité au sein de l’AFM.

    - que ces évaluations sont faites aux dires d’experts ; et contrairement aux  affirmations de M. Gérard Mulliez, elles ne sont pas sur estimées, mais sous estimées. Il existe en effet une règle comptable appliquée par les « experts », qui pratiquent une décote de 30% sur la valeur des titres (si l’AFM le souhaite, nous pouvons publier la liste des opérations où cette mention est indiquée).

     

    Par suite, le cumul des fortunes de l’AFM et des divers dirigeants atteint bien le minimum de 25 milliards d’euros.

     

    2. Sur la spéculation, la bourse etc…

     

    M. Gérard Mulliez, sur ce point fait de nombreux oublis. Deux exemples parmi d’autres.

     

    Groupe Auchan possède une société au Luxembourg – Auchan International – qui sert de centrale d’achat internationale, à partir d’une succursale en … Suisse et de filiales en Espagne et Extrême-Orient (Chine, Hong-Kong). Cette société a par exemple réalisé 39,1 M€ de bénéfices en 2007, pour un chiffre d’affaires de 6,3 M€. Monsieur G. Mulliez a donc raison de dire qu’il ne faut pas confondre « le chiffre d’affaires avec le résultat » ; il oublie simplement de dire que ceci fonctionne dans les deux sens.

    Surtout, ce bénéfice « luxembourgeois » est réalisé à partir des marges sur négoce, c'est-à-dire d’achats aux fournisseurs étrangers facturés en prix de transfert aux sociétés du groupe. Ce qui vient diminuer d’autant les bénéfices opérationnels des sociétés d’exploitation, et donc diminuer le fameux partage des résultats avec les salariés. Ainsi, la société chinoise a-t-elle réalisé en 2008 un bénéfice de 4,7 M€ ; et rien n’est indiqué sur la Suisse, puisqu’il s’agit d’une succursale ! Mais puisque M. Gérard Mulliez vous dit que « la spéculation … c’est dégueulasse ! ». Les prix de transfert … ça doit être angélique !  

     

    Au niveau strictement financier, l’AFM dispose d’une filiale financière – Kachgar – qui est filiale de Soparfil, cette dernière société dépendant elle-même directement des 5 SCA gouvernant l’AFM en France.

    Cette filiale financière – comme toute société financière qui se respecte – détient fin 2008 - excusons du peu - pour 722 millions d’euros de titres de placement, titres qu’elle a dû provisionner à hauteur de 56 millions d’euros, pour cause de … crise boursière.

    L’AFM a donc les mêmes pratiques financières que les autres groupes financiers ; elle place son argent en bourse … Mais M. Gérard Mulliez a dû oublier cette filiale … dont on doit bien parler lors des Assemblées Générales de l’AFM !

      

    3. Sur la valeur travail, les niveaux de salaires et le partage de la valeur

     

    M. Gérard Mulliez – comme notre Président – a découvert la valeur travail. Bigre … Depuis les économistes classiques (« La richesse des Nations » d’Adam Smith date de … 1776), tout économiste un peu sérieux sait que seuls les hommes créent les richesses (même l’état de « nature » suppose l’activité humaine de cueillette, chasse, pêche …). D’ailleurs, depuis le péché originel, l'adage « à la sueur de ton front ton pain tu gagneras » rappelle cet état de fait, que M. Gérard Mulliez a fait endosser à la pauvre compagne d’Adam au cours du Forum.

     

    Ce sont donc les hommes qui travaillent depuis le début de l’humanité. Mais pour qui et pour quoi ? Pour eux-mêmes, ou pour les « entrepreneurs » ? Pour vivre ou pour enrichir les classes possédantes ? Bonnes questions, Monsieur Watson ! C’est ici qu’interviennent les relations sociales, et donc les relations d’exploitation du travail, par les entreprises dans notre beau système capitaliste.

     

    M. G. Mulliez a eu bien raison de nous rappeler qu’un tas de billets sur une table ne créera rien du tout. Il oublie de dire que ce « tas de billets » lui permet de monter une entreprise, et d’embaucher des salariés pour les exploiter.

     

    Suivons son raisonnement. Lorsqu’il critique le niveau des salaires de dirigeants qui représentent 300 à 600 fois le niveau du SMIC, il souligne qu’il est impossible que le travail de quelqu’un – quelle que soit son intelligence … - représente 300 à 600 fois le travail d’une autre personne. C’est pour cette raison que l’AFM appliquerait le critère de 15 à 20 fois maximum le niveau du SMIC pour le salaire des PDG des entreprises au sein de l’AFM. Quelle bonté d’âme … si c’était vrai.

    Prenons le cas de Groupe Auchan 2008. Les comptes sociaux indiquent : « Note 17. Rémunérations allouées aux organes de direction et au Conseil de Surveillance. Eu égard au caractère confidentiel de cette information, les rémunérations ne sont pas divulguées ». Encore bravo pour la transparence. Groupe Auchan affiche ses « bonnes pratiques ».

    Allons un peu plus loin. Sachant que le SMIC en 2009 est proche de 16 000 € en brut ; sachant par ailleurs que les rémunérations brutes de Groupe Auchan entre 2007 et 2008 sont passées de 2 647 598 € pour 12 emplois à 3 271 593 € pour 13 emplois. Le coût d’un emploi supplémentaire pour le holding est de 623 995 € ; soit près de 39 fois le SMIC ! Où est la règle des 20 fois maximum ? Galéjade !!! Pourquoi M. Vasseur n’a-t-il pas repris son interlocuteur sur ce point ? Certes, il est possible que le passage de 12 à 13 personnes intègre les évolutions salariales de l’année : le salaire moyen des 12 personnes était de 220 600 € en 2007, et celui des 13 personnes de 251 660 € en 2008. Soit une hausse de 14,1% sur l’année. Et le groupe a généreusement accordé en 2009 une hausse de 0,5% à ses salariés (il est vrai qu’ils ont bénéficié en plus de réductions sur les lessives : comme aurait dit Coluche : « Groupe Auchan lessive encore « plus que plus » les salaires ... et ses salariés »). De qui se moque M. Gérard Mulliez ?

     

    D’autant plus que certains membres de la société bénéficient de stocks options, et surtout d’actions gratuites. Ainsi, le même rapport d’activité de Groupe Auchan indique qu’il existe 30 167 options d’actions gratuites, estimées chacune à 341,61 €. Heureux bénéficiaires inconnus, qui vont se partager (en dehors des salaires bien évidemment, encore un mensonge par omission de M. Gérard Mulliez) une somme totale de 10,3 millions d’€uros. Qui sont ces inconnus ? Mystère ? Pas tout à fait : il suffit à nouveau de se transporter en Belgique, où existe une société dénommée Soparchan Belgique, qui gère 42,8 millions d’€uros de titres en faveur d’un membre de la famille et de 8 cadres du groupe (directement et/ou via leurs sociétés civiles). Il est également possible de se transporter en France, où M. Gérard Mulliez a créé le 15 décembre 2008 une autre société civile en liaison avec sa propre Société Civile familiale, pour deux cadres qui bénéficient de près de 4 M€ de titres. M. Gérard Mulliez a dû avoir un trou de mémoire concernant cette société pendant le World Forum. Et encore n’insistons nous pas sur d’autres sociétés civiles créées par quelques cadres, et qui manipulent également des dizaines de millions d’euros.

     

    N’accablons pas trop M. Gérard Mulliez. Il partage largement ces « omissions » avec les autres dirigeants du groupe Mulliez. Nous avions d’ailleurs fait dans « La richesse des Mulliez » un inventaire précis de ces sociétés « stock options » (pages 127 et suivantes) où le Président de l’AFM – M. Thierry Mulliez – est présent.

     

    De même, lorsque M. G. Mulliez critique le capital spéculatif qui exige des taux de profit de 15%, il oublie tout simplement que la fortune de la famille Mulliez s’accroît de 16 à 17% tous les ans depuis … 30 ans (voir également nos calculs dans « La richesse des Mulliez » en pages 185 et suivantes). L’AFM fait donc mieux que les spéculateurs … sans spéculer. D’où vient alors cette « richesse » sinon de l’exploitation des milliers de salariés ? Car le tas de billets ne produit … rien !

    Petit calcul : les 2 milliards de sa fortune professionnelle représentent 125 000 années de SMIC. Pour la longue carrière de M. Gérard Mulliez (50 années), ceci représente chaque année 2 500 fois le SMIC annuel pour son accumulation personnelle. Nous sommes loin du rapport de 1 à 20. M. Gérard Mulliez pulvérise toutes les directions du CAC 40 !

     


    4. Sur l’évasion fiscale vers le Benelux

     

    Sur ce plan, le mensonge par omission est patent. Nous avions posé la question au World Forum de l’évasion fiscale vers le Benelux, et non vers la seule Belgique.
    Là encore, Monsieur Vasseur a eu des pudeurs de jeune fille, en ne retenant que la Belgique dans sa question.

    Ce qui permet à M. Gérard Mulliez d’occulter tranquillement la société qu’il détient aux Pays-Bas – Burgodam BV – qui gérait à elle seule 2 millions d’euros de titres jusqu’en 2005, et 4,68 millions d’euros en 2007. Et là encore, il ne faut pas s’attarder sur les valeurs très modestes des titres en question. Ce sont des valeurs probablement historiques. Ainsi, la Société Civile qui gère les titres AFM de la famille de Gérard Mulliez – dont on a vu que la valeur des titres est de l’ordre de 800 millions d’euros – a un capital modeste de 2,1 millions d’euros.

     

    Ce qui permet en même temps à M. Gérard Mulliez de ne pas répondre sur l’évasion fiscale massive de la famille Mulliez, qui s’accélère depuis quatre ans. Vers la Belgique, les titres délocalisés comptent au moins fin 2008 pour 1,6 milliards d’euros ; avec 15 nouvelles sociétés créées depuis quelques mois, qui vont servir de réceptacle pour de nouvelles « délocalisations » ; vers le Luxembourg, ce sont 750 millions d’euros supplémentaires qu’il faut prendre en compte ; vers les Pays-Bas, c’est la société Claris NV, l’une des sociétés contrôlant en direct les titres AFM qui compte pour 216 millions d’euros.

    Et encore : nous ne prenons pas en compte les sociétés du Benelux qui contrôlent des sociétés du groupe (Austell Financière ; Oosterdam BV ; Mc Advertising Consultants NV ; Mervadijn BV …).

     

    Il faut ajouter à tout ceci que M. Gérard Mulliez a été bien servi par les interviews des multiples journalistes au « World Forum », dont les questions ont été très « impertinentes ».

     

    Ne parlons pas de M. Vasseur, qui exonère par exemple M. Gérard Mulliez de répondre à des questions embarrassantes. Par exemple, sur la « non publication des comptes » que nous avions dénoncée dans notre blog. Pour M. Vasseur, il « est inutile de revenir sur (la question) de l’opacité des comptes … (car) ce sont des choses que l’on peut retrouver dans d’autres entreprises ». Ah bon ? Et moi qui pensais naïvement que le « World Forum » avait comme objectif de promouvoir les « bonnes pratiques ». Ceci s’arrête aux intérêts de M. Gérard Mulliez ? Ou en fait, comme je le pense fondamentalement, tout ce « World Forum » n’est qu’un « cache sexe » aux pratiques tout à fait condamnables au quotidien des grands groupes, qui exploitent la misère du monde et s’en nourrissent, groupe Mulliez compris.

    Monsieur Vasseur a bien fait d’interviewer M. Gérard Mulliez. On sait maintenant à quoi sert son « business » … du réseau « Alliances ».

     

    Mais l’ensemble de la presse a également bien « servi la soupe » à M. Gérard Mulliez. Aussi bien la presse écrite (La Tribune, La Voix du Nord, Nord Eclair …) que les autres médias (FR3, BFM …) ont relayé à plein ces deux heures de pure « réclame Mulliez ». Et je t’en rajoute sur « il faut faire passer l’homme avant le fric » ; et sur l’éthique et les encycliques papales ; et sur les exigences de rentabilité à 15% des « méchants spéculateurs » qui « ont les yeux plus gros que le ventre » ; et sur les « traders à mettre sous le boisseau »  et la limitation des rémunérations des patrons dans le groupe Mulliez ; sur les exigences de partage avec les salariés ! Moins capitaliste que M. Gérard Mulliez et son AFM, tu meurs !

     

    Or nous venons de démontrer sur tous ces points qu’il ne s’agit que de « réclame », de politique de « com. » ; dès que l’on gratte un peu derrière tout ce fatras de lieux communs, de bourrage de crânes, bref d’idéologie, il est clair que le groupe Mulliez exploite ses salariés comme tous les autres groupes, et qu’il ne s’embarrasse d’aucune fioriture.

    Allez consulter les sites des principales centrales syndicales (mis à la part les syndicats « maison ») et regardez quelles sont les conditions de travail et les rémunérations, analysez les procès intentés aux entreprises du groupe (prud’hommes, TGI, Cours d’Appel et Cassation). Le tout est édifiant.

     


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  • Commentaires

    1
    Louison
    Jeudi 3 Décembre 2009 à 13:45

    Bravo pour cet éclairage essentiel.

    2
    fasdfasdf
    Vendredi 5 Novembre 2010 à 03:31

    You'll often see Louis Vuitton with Hollywood stars and other celebrities. They are then set up on Hollywood Star magazines, and of course, the Louis Vuitton Bags are pointed out.小强测试!!!

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